Le populisme c'est aimer le peuple, selon l'une des dernières déclarations de Jean Marie LE PEN, fondateur du Front National. Émanant de la bouche de Jean Marie LE PEN, il est pourtant difficile d'adhérer à cette définition idyllique, en connaissant les convictions et le parcours de l'intéressé. Elle est toute relative et incomplète, il faudrait ajouter : aimer le peuple, jouer sur ses peurs et sa détresse, pour parvenir au pouvoir. Après c'est l'inconnu, et l'actualité récente ou l'histoire tragique du siècle dernier nous démontre qu'il faudra être très prudent avant de succomber au charme de Jean Marie LE PEN, aujourd'hui de Marine LE PEN et de ses adeptes.

Hier, les Dernières Nouvelles d'Alsace nous apprenaient que Heinz Christian STRACHER, vice chancelier d'AUTRICHE et chef du parti autrichien d'extrême droite de la liberté (FPO) a été contraint de démissionner de ses fonctions, après avoir été mis en cause dans une tentative de collusion avec un oligarque russe. Il s'est fait piéger par une vidéo tournée en caméra cachée alors qu'il discutait d'un possible soutien financier russe, en échange de l'accès à des marchés publics autrichiens.....Était-ce dans l'intérêt du peuple autrichien ? 

Bruno GOLLNISCH, ancien compagnon de route de Jean Marie LE PEN et proche de Marine LE PEN a été sanctionné par le Parlement européen à hauteur de 276 000 € pour avoir détaché un assistant parlementaire au bénéfice du parti. Il reste mis en examen par la justice française, comme 19 autres membres du  Front-Rassemblement National pour détournement de fonds publics. (cf.  journal LE MONDE du 14 mai 2019). Le quotidien indique par ailleurs qu'entre leurs absences en commissions, les affaires judiciaires et des votes qui contredisent parfois leurs discours, les eurodéputés frontistes ont très peu pesé à Strasbourg. Était-ce toujours dans l'intérêt du peuple aimé ?

Certes les déboires judiciaires ne sont malheureusement pas que le monopole du Rassemblement National. D'autres hommes politiques, et non des moindres, restent mis en examen ! Cela explique en parti le désintérêt des électeurs pour les prochaines élections européennes, où moins de 50 % de taux de participation est attendu. En outre, aveuglés par les promesses des partis d'extrême droite, leurs électeurs ignorent trop facilement ces comportements odieux.

Les sondages donnent le Rassemblement National en tête de cette élection européenne, devant La République en Marche  ! Cela est alarmant, cela est inquiétant au regard de l'histoire, quand l'on se souvient quelles ont été les trajectoires et subterfuges des partis d'extrême droite durant le siècle dernier.

Evidemment les partis traditionnels, de par leur laxisme et trop nombreuses carences ne sont pas exonérés de leurs responsabilités dans cette situation. Certes, le contexte économique et social aujourd'hui n'est plus le même, les hommes et les femmes politiques non plus. Toute comparaison serait hasardeuse, n'empêche que pour construire l'avenir, il vaut mieux se souvenir du passé. L'histoire se répète parfois, et pas sûr que Marine LE PEN,  notamment au vu du débat qui l'opposait à Emmanuel MACRON avant la présidentielle de 2017, soit la bonne pointure. Elle avait alors montré d'énormes lacunes dans la connaissance des dossiers et la compréhension des grands enjeux environnementaux, économiques, financiers et sociaux. 

Mais voilà, elle surfe sur cette vague de mécontentement du peuple, à l'instar de  Matéo SALVINI en Italie, Heinz Christian STRACHE en Autriche, Viktor ORBAN en Hongrie, etc....Cette trajectoire, mijotée avec une dose de dédiabolisation pour séduire un maximum d'électeurs, est très, trop ressemblante à celle empruntée par d'autres dirigeants nationalistes et populistes le siècle dernier pour arriver au pouvoir. Rien de nouveau sous le soleil !

Au siècle dernier c'est l'incapacité des dirigeants politiques de tirer les leçons de la première guerre mondiale, engendrée déjà par les nationalismes. L'incapacité de faire respecter le traité de VERSAILLES, la crise financière de 1929, la détresse économique et sociale du peuple allemand,  a conduit à l'élection de l'usurpateur qui provoqua la 2° guerre mondiale avec ses 60 Millions de morts. 

Le peuple allemand avait alors succombé aux sirènes et mirages du parti d'extrême droite. Il l'a chèrement payé en entrâinant  le monde entier dans le chaos.

Aujourd'hui c'est la même incapacité des dirigeants politiques nationaux et européens à répondre aux grandes mutations entraînées par la mondialisation, qui fait le lit des extrêmes. Le Parlement européen balbutie quand il s'agit d'agir pour protéger l'environnement de plus en plus menacé, de faire face au défi de l'immigration. Il est incapable de doter l'Europe de structures économiques et sociales qui permettraient aux peuples européens de vivre et travailler de concert, dans la sérénité et la solidarité. Sans parler du dumping financier, de la concurrence entre les pays pour attirer les entreprises avec une fiscalité avantageuse, personnifiée par le Président de la commission européenne lui même, Jean Claude JUNCKER, ancien premier ministre du LUXEMBOURG.

Dans ce contexte, la tentation est grande alors pour les peuples de tomber dans les bras des nationalistes, des populistes de tous poils, qui promettent monts et merveilles. Baisse du chomage, augmentation du pouvoir d'achat, moins d'immigration parce que les frontières seront verouillées à triple tour, etc, etc..... L'image est flatteuse, mais il faudra juste expliquer la recette de la baisse du chomage, comment sera financé l'augmentation du pouvoir d'achat dans le contexte d'une concurrence mondiale exacerbée et comment l'immigration sera contenue par 512 Millions d'européens, face à l'explosion démographique en Afrique, face à la desespérance de certains peuples qui fuient la misère, la famine et la mort ! Certainement pas en érigeant des barrières sur les frontières.

Les nations, le nationalisme, c'est le repli idenditaire, le repli sur soi qui a conduit aux grands désastres du siècle dernier. Charles DE GAULLE, Konrad ADENAUER, Robert SCHUMAN, Jean MONET, Simone VEIL et bien d'autres l'ont  bien compris et ont oeuvré sans relâche, afin que l'Europe garantisse enfin la paix. Depuis 75 ans les peuples européens vivent en paix, ce n'est pas le moindre des mérites de cette institution, tant décriée et menacée aujourd'hui.

Rappelons nous en et aidons dimanche prochain l'Europe à préserver cet acquis inaliénable, pourtant menacé par le retour des nationalismes, le retour du chacun pour soi, la peur de l'autre,  l'homophobie, etc...!

 

 

Jean Paul OSTERMANN