Je suis un électeur de Emmanuel MACRON. J'avais prévu son élection bien avant le 7 mai 2017. Beaucoup me disaient alors que cette éventualité était tout simplement utopique et impossible ! Je suis aujourd'hui devenu également un gilet jaune, ou du moins un supporter de ce peuple qui n'en peut plus et que l'exaspération et les fins de mois difficiles poussent dans la rue. Comment expliquer une position aussi antinomique ?

Emmanuel MACRON est un enfant de la haute bourgeoisie, de surcroît énarque, ce qui n'est plus nécessairement une qualité pour prétendre aux plus hautes fonctions de l'Etat. Le passé avec tous ses Présidents issus de l'énarchie nous l'a démontré  ! Aujourd'hui la donne a changé, Emmanuel MACRON l'a très bien compris en s'affanchissant des partis politiques traditionnels pour créer "EN MARCHE" et surfer sur cette vague de dégagisme, déclenchée par les détenteurs du pouvoir eux mêmes, incapables depuis le Général DE GAULLE et Georges POMPIDOU de gérer les affaires du pays, de trouver les bonnes trajectoires,  incapables de convaincre le peuple que leur engagement était totalement et exclusivement au service de l'intérêt général et du bien commun !

RESULTAT DES COURSES : Après 40 ans d'hésitations, de non réformes ou de réformes difficiles reportées constamment pour préserver les chances de réélection, un pays endetté jusqu'au cou où  la dette astronomique de 2 300 Milliards d'€ supprime de facto toute marge de manoeuvre, un pays désindustrialisé, un chômage de masse, une ruralité sacrifiée au bénéfice des métropoles, l'avènement des 35 heures et de la société des loisirs, la mondialisation et la globalisation néfaste de l'économie, les inquiétants problèmes environnementaux, etc, etc.....

Pour être complet, l'honnêteté commande de relever malgré tout dans ce tableau sombre, un niveau de protection sociale élevé dans le pays et un système de santé parmi les meilleurs dans le monde. Mais dans la conjoncture économique actuelle, ces acquis ne sont pas forcément pérennes ! Parce que pour pérenniser ce dispositif, il faut pouvoir produire les richesses nécessaires, et ce, dans un environnement économique mondial hostile où le paramètre écologique ne saurait plus être occulté !

 Secondairement, le décalage du train de vie de nos dirigeants politiques avec celui du peuple, les palais dorés de la République, la déchéance des syndicats, n'ont pas contribué non plus à assainir un temps soit peu la situation.

Lorsque nos dirigeants politiques s'inspireront des pays nordiques et prendront leur repas au self, au lieu de se  restaurer à moindre frais, pour nos députés et sénateurs, dans les restaurants luxueux de l'Assemblé Nationale ou du Sénat, lorsque les ministères réduiront leurs frais de bouche et autres dépenses somptuaires, lorsque le Président renoncera à quelques attributs du pouvoir qui ne sont plus de circonstance, lorsque nos députés accepteront enfin de se faire rembourser leur frais sur présentation de justificatifs, au lieu de s'aggriper au privilège exorbitant d'un remboursement forfaitaire de 5 400 € par mois, alors le peuple entamera sa mue et redonnera progressivement sa confiance à nos "élites" politiques. Évidemment mes contradicteurs m'expliqueront une nième fois que ces dépenses sont infimes par rapport au budget annuel colossal de l'Etat de 330 Milliards d'€. Pourtant, dans une France exsangue, où une grande partie de la population peine à boucler ses fins de mois, cet argument n'est pas recevable !

Bref, parce qu'il n'est pas possible d'imputer à Emmanuel MACRON ce bilan très négatif, je lui conserve intacte ma confiance  pour tenir solidement la barre avec son gouvernement,  et mener à terme les réformes oh combien nécessaires qu'il avait annoncées durant la campagne électorale. Il est juste à cet égard de relever qu'il a conduit jusqu'à présent les réformes qu'il avait annoncées avec opiniatreté, en collant au plus près à ses engagements électoraux. Il est juste aussi de relever son combat pour l'Europe, une autre grande cause avec la défense de l'environnement.

Maintenant s'agissant des taxes sur les carburants, la stratégie employée semble pour le moins contre productive et d'une certaine manière injuste. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, après la réforme incomprise et pas assez expliquée de l'ISF (impôt sur la fortune). Pour cette dernière, le peu de gens que je connaisse qui sont assujettis à l'ISF m'ont déclaré ne pas avoir réinvesti un seul centime d,€ du cadeau fiscal dans l'économie du pays ! Ce serait alors là un échec, et si tel était, le cas ces 4 Milliards de recettes annuelles perdues auraient permis de compenser aisément les mesures d'accompagnement de la transition écologique des foyers défavorisés !

Encore une fois, on ne peut pas laisser les technocrates de BERCY (ministère des finances), rémunérés par ailleurs très, très confortablement et très, très déconnectés du peuple, utiliser leurs calculettes n'importe comment pour équilibrer le budget de la France. Certainement pas en prétextant la transition écologique où seuls 15 à 20% des taxes collectées sont affectées à cette dernière. C'est se foutre ouvertement de la "gueule" des citoyens, notamment ceux qui peinent à boucler les fins de mois et ceux qui, victimes du déclassement des zones rurales à travers la politique technocratique visant à promouvoir le TGV et les métropoles, obligent les gens à prendre leur voiture pour se rendre au  travail, faire leurs courses, ou encore conduire leurs enfants à l'école. Ecole souvent éloignée du domicile du fait du déclassement des zones rurales, qui a entraîné la fermeture de nombreux services publics !

En sus comment faire gober au peuple cette plaisanterie qui consiste à taxer à outrance les carburants des automobilistes, quant les énormes flottes d'avions, les cargos et les  bateaux de croisière, tous méga pollueurs, sont exonérés !

Même si ces dispositifs d'exonération, ni l'abandon des zones rurales, ne sont pas imputables à Emmanuel MACRON, et à son gouvernement, il ne peut pas ne pas en tenir compte dans la mise en oeuvre de la politique de transition énérgétique. La révolte du peuple était pourtant prévisible.

En conclusion, depuis l'élection présidentielle se sont écoulés 18 mois et bien du chemin a été accompli, notamment les réformes difficiles du code du travail et de la SNCF. Des erreurs ont été commises, et l'attitude hautaine d'Emmanuel MACRON n'a rien arrangé. Cette révolte des gilets jaunes peut être salutaire pour le pouvoir et le pays, dans la mesure où elle envoie un message qui ne souffre d'aucune équivoque. Il émane du peuple, en écartant les partis politiques et les organisations syndicales, totalement déclassés.

40 ans d'hésitation, de tergiversations, de mauvais compromis, de réformes sans cesse reportées ne se gomment pas en 18 mois. Laissons du temps à Emmanuel MACRON et à son gouvernement pour démontrer la justesse de leur stratégie, et pour démontrer que non, ils ne sont pas téléguidés par la haute finance !

Avec le mouvement salutaire des gilets jaune, un virage peu être amorcé, sans renoncer pour autant à la transition écologique qui concerne la survie de la planète et en finalité notre survie, celle de nos enfants et petits enfants. Cela suppose pourtant Monsieur le Président, d'expliquer au peuple, de faire beaucoup de pédagogie,  de revenir avec vos armées de technocrates, au bon sens paysan, tel qu'on a coutume de l'appeler dans la Vallée de MUNSTER.

Monsieur le Président, votre élection a nourri beaucoup d'espoir sur la rupture avec l'ancien monde. Les signaux délivrés ne sont pourtant aujourd'hui pas suffisants, pas à la hauteur des espoirs, pour rassurer définitivement vos électeurs et convaincre le peuple. Il ne s'agit pas seulement de  rassurer, mais bien de concrétiser, si possible en douceur, cette mutation obligatoire que vous avez annoncée, dans le strict respect de la diversité de la population,  afin que le pays retrouve une trajectoire qui garantisse à chacune et à chacun de pouvoir vivre décemment de son travail et de vivre en paix et en harmonie avec la planète.

 Jean Paul OSTERMANN